Batman Beyond |
Réalisation : Christopher Nolan
Note : 6/7
Après la géniale comédie adaptée de la célèbre série TV en 1966, les deux chef-d’œuvres gothiques de Tim Burton et les nanars multicolores de Joël Schumacher, Nolan avait su redonner ses lettres de noblesse au chevalier noir en faisant une œuvre sombre et réaliste où le personnage de Batman était pour la première fois le centre de l’histoire. Batman Begins avait beau parfois être bancal, Nolan avait su fondre ses obsessions psychanalytiques et mythologiques en une seule œuvre shakespearienne où les grands de ce monde (Bruce Wayne le milliardaire, son alter ego Batman le vigilante, et Ra’s al Ghul son mentor) remettaient en question leur fascisme latent. En mettant en avant les névroses et les traumas de son personnage principal, Nolan avait réussit à montrer un Batman enfin aussi passionnant que ce que ses ennemis pouvaient l’être. Dans son deuxième épisode, le gigantesque The Dark Knight, Nolan parvenait sous la forme d’un film choral (et grâce à l’immense prestation du regretté Heath Ledger) à faire la synthèse parfaite des plus grandes bandes dessinées du Caped Crusader: on retrouvait des influences de Dark Knight Returns, Le long Halloween, The Killing Joke et bien d’autres… Par un sens de l’écriture implacable et une mise en image d’une élégance rare, ce deuxième volet s’était instantanément retrouvé au panthéon des plus grands films de l’histoire du cinéma. Nolan ouvrait le scénario à ses propres terreurs, celles de la paranoïa et du chaos, et par un réalisme aux frontières du polar à des années lumières de tous les autres films du genre, avait accompli une sorte de Parrain 2 du film de super-héros. Inutile de dire que tout le monde l’attendait au tournant pour ce troisième épisode…
Nous sommes huit ans après les événements de The Dark Knight et Batman, recherché pour le meurtre d’ Harvey Dent dont il s’est lui même accusé pour sauver l’âme de Gotham City, est à la retraite et se terre dans son manoir. Il sera forcé de reprendre du service, le terrible Bane menaçant de détruire Gotham par la révolution. Pendant ce temps sévit une voleuse au oreilles de chat… Tout d’abord, mieux vaut prévenir, ce film n’a pas grand chose à voir avec l’épisode précédent, autant en terme d’esprit que d’univers. En effet nous sommes dans un monde à la lisière de la science fiction et au bord de l’apocalypse. Batman/Bruce Wayne est vieux, brisé, et se répare à coups de prothèses, il survole dorénavant la ville du haut de son Batwing , sorte d’engin Blade-Runneresque absolument fabuleux, et l’effondrement de Gotham tient beaucoup du film catastrophe social (concept on ne peut plus intéressant). Deuxièmement, le film est noir comme un blockbuster ne l’a jamais été et fait passer le film précédant pour un épisode des bisounours. The Dark Knight Rises n’est certainement pas un film pour les enfants et encore moins un film grand public, non pas à cause de sa violence graphique, mais bien par un esprit extrêmement particulier. Sans la moindre concession, Nolan nous expose une sorte de cauchemar où le monde s’effondre sans que rien ne puisse l’arrêter. Les valeurs du précédent film sont alors renversées afin d’être mieux anéanties par un méchant d’une rare intensité: Bane. Joué par un Tom Hardy dont l’interprétation touche à l’expérimental, c’est en effet un vilain encore jamais vu au cinéma, un monstre ô combien antipathique, faux prophète révolutionnaire et calculateur meurtrier à la croisée de toutes les terreurs humaines.
Vous l’aurez compris, The Dark Knight Rises est un film politique et social, et on peut légitimement se demander si c’était bien la peine d’en faire un Batman. Nolan aurait pu tout aussi bien faire un film n’ayant rien à voir avec une franchise à succès, du moins c’est ce qu’on pourrait penser…Loin de là, car jamais une adaptation de Batman n’aura autant approchée la perfection, que ce soit le Batman, lui-même, beaucoup plus massif et impressionnant, les hommages constants aux meilleurs moments de la bande dessinée, et surtout, on trouve ici la meilleure Catwoman jamais vue sur un écran, Anne Hathaway incarnant la femme chat comme personne, devenant littéralement le personnage de la BD, très loin de la (magnifique) interprétation poétique de Michelle Pfeiffer dans Batman Returns, mais beaucoup plus fidèle. Le casting est en cela toujours aussi énorme: Michael Caine, Gary Oldman et Morgan Freeman font évoluer leur personnage avec passion et les nouveaux venus, Joseph Gordon-Levitt (particulièrement formidable), Matthew Modine et Christopher Judge (Tilk dans Stargate SG1!!) font plaisir a voir. Seule ombre au tableau: une Marion Cotillard au mono jeu assez agaçant et qui plombe certaines scène capitales du scénario. N’oublions pas non plus que les deux cent cinquante millions de dollars du film n’ont pas été jetés par la fenêtre et que le métrage regorge de moments d’action profondément époustouflants. Alors certes, on est loin des Avengers, mais ce n’est pas le but d’un film qui ne se veut absolument pas popcorn, et qui met ses personnages et ses spectateurs face à quelque chose de totalement inédit.
Mais alors, est-ce le chef d’œuvre attendu? Oui et non, car il est rare de voir un film aussi courageux dans sa démarche, aussi jusqu’au boutiste. Généreux, plein jusqu’à la gorge d’idées et d’images, il lui arrive aussi de faire des erreurs regrettables et parfois rédhibitoires: les divers twists scénaristiques sont tous incroyablement mal amenés, le montage est parfois chaotique dans sa manière de traiter la narration, la faute à un re-cut afin de réduire la durée du film à deux heures quarante-cinq (ce qui est déjà pas mal), un Batman, il faut bien le dire, trop peu présent et quelque moment bavards sans que cela soit réellement justifié. Bref, des erreurs que The Dark Knight avait su éviter grâce à une construction absolument parfaite. Il y aurait encore des milliers de choses à dire mais mieux vaut ne pas gâcher le plaisir de la découverte, sachez juste que ce film ne plaira pas à tout le monde, la démarche étant bien trop téméraire, mais est-ce un mal…
CONCLUSIONUn métrage immense mais imparfait, une œuvre radicale et constamment borderline, un film d’auteur sans aucune concession, un monument fissuré qui met son spectateur sur les rotules. Est-ce que parfois ce n’est pas ça un chef d’œuvre? Note de Guillaume : 6/7
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Note de Lucas : 6/7
Note Nathalie: 6/7
Note de Jérôme: 5/7
Note de Julien: 6/7
Note de François: 5/7
Commentaire de François:
Tellement généreux, tellement épique, tellement tout qu’il en devient profondément indigeste, on passe plus de temps à essayer de comprendre ce qui se passe plutôt que de profiter du film, et le montage catastrophique est si rapide qu’on a l’impression d’assister à un condensé, une bande-annonce de deux heures quarante-cinq. On sent que la version longue pourrait durer six heures, et qu’est-ce qu’on a envie de la voir… Malheureusement, Nolan affiche ici ses limites. A noter : le film vu en salle non-imax comporte des défauts technique immondes, impardonnables pour un métrage de cet acabit, du style format qui change entre deux bobines et visages qui s’étirent… la honte.




SPOILER
Un film assez foufou, qui néanmoins :
Fais montre d’une noirceur un peu grisâtre. Nolan nous impose un chaos version light qui pourrait rappeler l’avènement de Voldemort dans Harry Potter (ce qui ni dans ma bouche ni dans celle de personne n’est un compliment). Faire comprendre au spectateur l’étendue du désastre social en ne montrant que la « résistance » est un peu facile. La fracture par Bane de Black Gate pourrait vraiment amener quelque chose de plus terrifiant.
Comme il est désagréable d’être assailli par des flashback à la con des deux opus précédents (même si la prod les a probablement obligés).
Pour finir les persos ont la vie dure, Alfred devient une chialeuse, et Bane que l’on voit pendant tout le film comme l’Ultimate Badass couplé d’un des méchant les plus brutaux s’avère être finalement, dans le meilleur des cas, seulement l’amant de la vraie méchante, et dans le pire juste un sous fifre un peu zélé à qui l’on aurait donné le droit de se faire plaisir sur Gotham…
Je suis donc déçu de peiner à donner 6/7 à ce film. The Dark Knight restera le chef d’œuvre de la trilogie.