The Amazing Spider-man

The Amazing Spider-man

On s’était dit rendez-vous dans dix ans…

Film : The Amazing Spider-man (3D)

Réalisation : Marc Webb

Note :  0/7

 

3 juin 2002 : Spider-man débarquait sur les écrans du monde entier. Après des années de développement hell, le plus emblématique des super-héros Marvel fait alors l’objet d’une adaptation événement. Le succès phénoménal du  film au box office n’a d’égal que sa réception critique, tout simplement élogieuse, redéfinissant en un seul opus les bases du genre super-héroïque au cinéma. « Un film de rêve fait par les yeux d’un gamin ébahi » dira Mad Movies, un gamin nommé Sam Raimi, ancien enfant terrible du cinéma de genre, qui trouvera avec son Spider-man une belle revanche sur le système Hollywoodien, qui boudait, jusque là, son immense talent, sous prétexte qu’il était un réalisateur de série B. Deux ans plus tard, Raimi récidive et surprend son monde en accouchant d’une séquelle en tout point supérieure à l’original, se targuant au passage d’avoir non seulement réalisé un véritable classique instantané, mais également d’avoir fait du genre super-héroïque un genre respecté. Si le troisième et dernier volet se montrera d’une générosité sans borne et d’une virtuosité plastique implacable, son écriture bancale, due aux multiples réécritures imposées par la production, influera sur le rendu final du film, une œuvre profondément malade à laquelle on aurait coupé près d’une heure de bobine.

Conscient de ses écueils passés, Raimi se lance à corps perdu dans l’écriture d’un quatrième volet, qui se voudrait comme l’épisode de la réconciliation avec son public. Mais l’histoire d’amour du réalisateur avec son homme araignée ne pouvait se clore que sur une douloureuse séparation et les désaccords rencontrés sur le tournage de Spider-man 3 entre le cinéaste et les exécutifs resurgissent de plus belle. Durant la pré-production Sam Raimi choisi de devancer ses producteurs en annonçant les signatures effectives de John Malkovich dans le rôle du Vautour et Anne Hathaway dans celui de la Chatte Noir, pour une date de sortie fixée au mois de Mai 2011. Loin de faire pencher la balance en sa faveur, cette démarche cavalière aura raison de Raimi et de son équipe qui seront limogés comme des malpropres dans les heures qui suivirent. Néanmoins, Sony se trouve contractuellement dans l’obligation de produire un film Spider-man dans l’année, sous peine de perdre les droits du personnage au profit du giron Marvel. Un reboot est annoncé le lendemain, un retour à zéro de la série en lieu et place de la suite programmée. Dès le départ ce reboot divise les fans : Comment refaire un film vieux de dix ans, que le monde entier a vu et connaît par cœur ?

Le maître-mot du projet est rajeunissement: Marc Webb, un tout jeune réalisateur, auteur du sympathique 500 jours ensemble, son unique film jusqu’alors, est parachuté à la réalisation. Coté casting, le minet Andrew Garfield (The Social Network, Boy-A) est choisi pour prendre la succession de Tobey Maguire sous le masque du tisseur. Dans une démarche de démarcation absolue de la trilogie originelle, le personnage de l’amoureuse, Mary Jane (Kirsten Dunst), est remplacé par celui de Gwen Stacy (Emma Stone), juste retour des choses pour les fans, qui argueront qu’elle est bien le premier amour de Peter dans le comics. D’ailleurs, il n’est pas interdit que le destin funeste de la demoiselle dans le comics serve de point culminant à la saga qui se met en place avec ce premier volet. Le génial Rys Ifans (Good Morning England) hérite du rôle du Némésis attitré, celui de Curt Connors alias le Lézard, un personnage déjà présent dans les deux derniers films sous les traits de l’acteur Dylan Baker, mais qui n’avait pas encore eu l’honneur d’affronter le monte-en-l’air.

Dans ses grandes lignes, l’intrigue débute avant que notre héros n’ait rencontré son destin, alors qu’il n’est encore qu’un simple lycéen. Cette nouvelle incursion de Spidey au cinéma se concentre donc sur la jeunesse de notre protagoniste, une période d’une grande importance dans la bande dessinée que Raimi avait évacué au bout d’une heure dans le premier épisode de la trilogie. Inutile, donc, de s’attendre à revoir de sitôt le fantasque J.J. Jameson, patron du Daily Bugle et tortionnaire attitré de Parker à la ville, car il n’a pas encore encore eu le plaisir de le rencontrer. Plus surprenant, il faut compter sur un autre absent de taille en la personne de Harry Osborn, le meilleur ami de Peter à l’époque du lycée (incarné par James Franco dans l’ancienne trilogie). Cependant, parce qu’il fut la personnage central du précédent arc scénaristique, on comprend qu’il soit certes mis en retrait, mais de là à le faire complètement disparaître, il y a un pas, en particulier au vu de son importance auprès de Peter durant ces jeunes années !

En termes de récit, si le premier Spider-man abordait les conséquences du décès de l’oncle Ben, sorte de père adoptif de notre héros, ce nouvel opus choisi de se concentrer sur le passé obscur des parents de celui-ci et « de raconter l’histoire jamais révélée ». Dans son ensemble, le scénario reprend les grandes lignes du premier opus : Peter se fait mordre par une araignée et se découvre des pouvoirs qu’il compte utiliser pour prendre sa revanche sur les brutes de son lycée et décrocher le cœur de la belle. Mais le meurtre de son oncle (Martin Sheen) va lui faire comprendre qu ’ « un grand pouvoir… », vous connaissez la suite. Prenant son courage à deux mains, il va se muer en Spider-man, le justicier de New York, qui aura fort à faire face à un scientifique devenu fou, transformé en reptile géant. Voilà en toile de fond ce qui nous est proposé, à la différence que cette fois, l’action n’est pas centrée sur la famille Osborn (bouffon de père en fils) mais sur les Stacy et le bouleversant trépas qui attend père et fille. Chef de la police New Yorkaise, le père de Gwen tisse malgré lui un lien ambigu avec Parker, qu’il pourchasse sans répit sans savoir qu’il est Spider-man. Ce nouvel axe, célèbre dans la bande dessinée, sert de point d’ancrage à la série qui se met en place.

On est en terrain relativement connu, donc, et si une violente impression de « déjà vu » vous assaille, c’est normal. Pour faire simple, la première heure de The Amazing Spider-man ressemble de près ou de loin à un remake plan plan du premier épisode, auquel on aurait retiré toute finesse, tout génie et tout intérêt. La suite n’est qu’une succession de scènes toutes plus atroces les unes que les autres, qu’on croiraient sorties d’un teen movie des années 1990. Un vrai catalogue d’ignominies sur pellicule qui voit Parker jouer au basket au ralenti, skater sur du Coldplay et téléphoner au fond des égouts pour faire la liste des courses (« aller chercher des œufs »). D’ailleurs, il suffit de découvrir la façon dont l’Oncle Ben est dézingué pour mesurer l’ampleur du désastre à venir (ou comment filmer platement et sans émotion aucune la scène fondatrice de la saga).

Bien sûr, la tonalité s’en retrouve profondément changée, car cette relecture se montre à la fois plus moderne, plus sombre, plus urbain et plus ancrée dans une certaine idée de la réalité. Or, cette démarche n’est pas franchement étrangère au succès rencontré par la trilogie du Dark Knight de Nolan, même si l’univers de l’homme araignée fait par nature d’avantage appel à plus de candeur que celui du justicier de Gotham.

Le seul changement notable, c’est celui de la caractérisation du personnage principal : Peter est présenté comme un solitaire, un petit génie des sciences, obstiné et fougueux, en opposition au Parker « tête d’ampoule », maladroit et gentiment benêt qu’incarnait Tobey Maguire. Tisseur de mauvaises aventures, Garfield, pourtant appelé à régner, brille par son manque de charisme et exaspère la plus part du temps par son coté faussement modeste. En réalité, son seul pouvoir est de se montrer transparent, doublé d’une tête à claque de compétition. En outre, signe des temps qui changent, le film reflète l’évolution de l’image du geek, qui en dix ans seulement est passée du rebut de la société au summum de la branchouille-écolo-bobo. Cet élément influe de manière drastique sur la caractérisation du personnage de Peter, véritable hipster en herbe. Une influence qui s’étend sur le métrage à proprement parler, car si le premier Spider-man s’adressait aux petits garçons qui sommeille en nous, cet Amazing cible les midinettes avides de comédies romantiques indés complétement débiles. A ce titre, le duo Andrew Garfield/Emma Stone fonctionne aussi bien qu’un couple de soap mal torché, faisant passer la Saga Twilight pour de la haute littérature.

D’ailleurs, qu’il s’agisse de sa tonalité, de son récit ou de son esthétique, The Amazing Spider-man tire ouvertement son influence du Spidey des années 2000, autrement dit la version Ultimate de l’homme araignée. Cette influence se révèle d’autant plus flagrante qu’elle tranche avec le désir d’intemporalité des trois premiers films. Ici, Peter Parker est un ado de son temps, avec ses obsessions, ses angoisses, son skateboard et ses applications Iphone, ce qui a pour conséquence de dater instantanément le film (ce qui n’est jamais une très bonne idée…). Tisseur oblige, l’humour est une nouvelle fois au rendez-vous, à la différence que cette fois, on ne rit plus des malheurs de notre héros (avec l’empathie que cela entraîne), mais bien avec lui. Son art de la rhétorique, si célèbre dans le comics, est assez mal restitué dans ce reboot, faisant passer le cynisme du bonhomme pour de la pure arrogance. (Kick Ass est passé par là)

La déception est immense et la chute douloureuse : The Amazing Spider-man est une catastrophe industrielle sans précédent. Bourré de défauts, aussi rythmé qu’un épisode de Rex et prétentieux, l’ensemble est d’une débilité ahurissante. Difficile de mettre le doigts sur une tare en particulier : Écrit avec de grosses ficelles, le scénario se targue d’apporter du sang neuf à la franchise et passe son temps à lancer des pistes (la disparition des parents, la recherche du meurtrier de Ben) sans jamais offrir d’aboutissement réel. D’autant que se (re)voir infliger les origines de l’homme araignée pour la seconde fois et devoir attendre prés d’une heure de bobine avant qu’il n’enfile les collants relève de la mauvaise blague, surtout quand le film se positionne comme le reboot censé dynamiter la saga. En somme, on se retrouve devant une sorte de pilote, d’amorce à la franchise à venir, avec un arrière-goût d’inachevé dans le bouche. Pire, là où le bat blesse, c’est qu’à trop vouloir crédibiliser son Spider-man, Webb en oublie son caractère iconique. Sans compter les largesses prises avec le matériau d’origine, la philosophie qui émane du film est à vomir (cf la désastreuse scène des grues) et le ton désinvolte adopté par ce volet nous conforte dans l’idée que le réalisateur se prend pour un petit malin.

En effet, sans aucun souffle épique, le film peine à retranscrire cette si belle justesse qu’avait atteint le grand Sam avec sa trilogie. La faute à un choix curieux, celui d’adapter un pan assez méconnu de la bande dessinée, qui lève le secret sur la disparition des parents de notre héros. Une série de comics de funeste mémoire, qui voyait ses géniteurs se révéler être des ex-agents du S.H.I.E.L.D, ayant œuvré pour la sauvegarde du monde et travaillés au destin héroïque tout tracé de leur fils. Cette prédestination ou cette prédisposition génétique à être un surhomme annihile tout forme d’humanité chez Parker, alors que le sel du personnage tient justement au fait qu’il incarne l’individu ordinaire à qui il arrive quelque chose d’extraordinaire.

 La mise en scène est du même acabit : on ne pourra que plaider en faveur des détracteurs du reboot, qui déclareraient que Marc Webb n’avait seulement été choisi que pour son curieux patronyme. N’est pas Raimi qui veut et force est de constater que sa mise en scène se montre objectivement mollassonne, désincarnée et télégénique. Bien entendu, les effets spéciaux actuels permettent de rendre véritablement hommage à la démesure du virevoltant Spider-man, même s’il serait malvenu de faire un procès d’intention à la saga d’origine qui jouissait de trucages inhérents à son temps. Néanmoins, le design complètement à la rue du Lézard plombe en partie le plaisir procuré par sa découverte à l’écran. Le costume de l’homme araignée, sublimement fidèle chez Raimi, subit lui aussi cette volonté aveugle de différenciation à toux prix et dévoile un Spider-man au look New Age carrément hideux, d’un mauvais goût ahurissant  Pour l’occasion, même les fameux lance-toiles sont repensés : Les lanceurs mécaniques font leur grand retour, en opposition aux lanceurs organiques de Raimi, une transgression du comics, qui à l’époque apparaissait comme la solution la plus ciné-génique. De simples détails diront certains, mais qui démontre une fois encore cette envie de ne pas être assimilé à la saga de base, certainement pour ne pas pâtir d’une comparaison trop lourde à assumer.

Le pire c’est que la 3D est absolument accessoire alors que le film est vendu dessus. Dotée d’une identité visuelle douteuse, les scènes d’actions se comptent sur les doigts d’une demi-main, ce qui est véritablement honteux quand on voit les moyens mis en œuvre. De son coté, le score composé par le vétéran James Horner fait pâle figure fasse aux envolées lyriques tonitruantes que le génial Danny Elfman avait composé pour les opus originaux.

Vous l’aurez compris, à tous les niveaux cet Amazing Spider-man résonne comme un raté monumental qui restera éternellement dans l’esprit des vrais fans comme un viol de la bande dessiné, de leur passion pour le personnage et de leur goût du cinéma de genre. Tout est navrant dans le film, et ce ne sont pas quelques jolies images, le joli minois de Gwen, le sublime caméo de Stan Lee ou encore Flash Thomson (le meilleur personnage du film) qui changeront quoi que ce soit. On tient là notre film de la honte annuelle. J’en sèche encore mes larmes…

Afin d’être tout à fait complet, je ne saurais trop vous conseiller l’admirable adaptation vidéo-ludique du film éponyme. Bien meilleure que le film dont elle s’inspire, elle a au moins le mérite de faire honneur au monte-en-l’air et vous consolera de cet étron. Pour vous faire une idée, vous pouvez retrouver la très bonne critique du jeu sur Jeuxvidéo.com.

CONCLUSION

4 Juillet 2012: The Amazing Spider-man, reboot d’un film culte vieux de dix ans, déboule sur nos écran. Au premier abord, un réalisateur inexpérimenté aux commandes, des choix thématiques déroutant et une mise en chantier, rappelons le, purement pécuniaire, rien ne laissait présagé de bon. Et pourtant… Pourtant, si on avait raison de se méfier, rien ne nous avez préparé à ce qu’on a vu. Ce nouveau Spider-man est une insulte, une torture de 120 minutes qui fait mal au cœur et au cul. Le récit est d’une bêtise crasse, l’esthétique est carrément en dessous de tout, le tout ne délivre aucune magie et passe son temps à revendiquer une singularité qu’il n’a pas. La nouveauté de cet épisode ? Avoir fait de Spider-man un navet sans nom, une toile « light », qui fait honte au plus célèbre (et plus aimé) des super héros Marvel. Ça valait bien la peine de virer Sam Raimi pour pondre une daube pareil. Une bien triste façon de célèbrer le cinquantième anniversaire de la création du personnage.

Note de Lucas : 0

Note de Guillaume : 1

Note de François : 1

Note de Nathalie : 0

4 réflexions au sujet de « The Amazing Spider-man »

  1. Oh nom d’un chien !
    Voilà qui donne furieusement envie de ne pas le voir !
    Déjà que j’avais trouvé la première trilogie absolument navrante, je passerai mon tour, cette fois.
    Bon, il faut dire qu’à la base, l’homme araignée en particulier et les comics en général ne sont pas franchement ma tasse de thé.

  2. Si le film semble raté, on peut au moins compter sur l’harmonie des critiques quand on regarde les notes … Perso, j’ai bien envie de le regarder (pas en 3D du coup…) pour voir à quel point il est mauvais !

  3. Julien -> la meilleure façon de se réconcilier avec les comics reste la saga des Avengers, entre Captain America et surtout Avengers, on tient là une super saga sans autre prétention que de divertir, et ça c’est franchement cool.
    Max -> Si t’as envie de te frapper deux heures de super-héros ado post-twilight, fonce ! Sinon il y a Chronicles qui est très sympa.

  4. Je hais les commerciaux qui ne respectent pas nos reves d’enfant… Patience, j’ai déjà attendu 50 ans pour réussir à etre émerveillé, ne désespère pas il reste encore des purs fidèles à leur reves.