Le Grand Soir

Le Grand Soir

les sangliers sont lâchés

Film : Le Grand Soir

Réalisation : Benoit Delépine et Gustave Kervern

Note : 4/7

Faire un film punk, c’est tout un art. Beaucoup ont essayé, beaucoup ont échoué, la plupart se contentant d’en reprendre vaguement les codes esthétiques. Mais un véritable film punk, au sens psychologique du terme, se fait très rare aux jours où les multiplex et les films à pop-corn prolifèrent. Alors qu’est-ce qu’un punk ? Selon ce film, et selon beaucoup, un punk est un individu ayant décidé de rejeter le système. De vivre dans la rue et de faire un doigt d’honneur aux caméras de surveillance. Un film punk, c’est un peu pareil : on oublie la dimension spectatorielle et on fait un gros fuck à tous ceux qui sont venus avec des confiseries et des lunettes 3D, et on leur montre l’errance de deux hommes rythmée par un concert fantasmé des Wampas.

Du coup, cette histoire de punk à chien peut laisser perplexe : c’est long, on se demande où ça veut en venir, et ce film charentais a de méchantes allures de film belge, même si son propos est universel. Dupontel et Poelvoorde (tous deux brillants de vérité) sont alors les reflets belges du duo hollywoodien Pitt-Norton de Fight Club. L’un est l’individu qui essaye d’entrer dans le système, sans succès, l’autre celui qui l’en dissuade. Sauf que si dans le film de Fincher ils parviennent à refaire le monde avec la lutte clandestine, on se demande au long du film si le fameux Grand Soir arrivera un jour : la génération X se fait vieille…

Heureusement on est toujours dans un film du duo le plus déjanté du PAF qui fait les beaux jours du Groland : d’abord un casting cinq étoiles : en plus des deux têtes d’affiche on retrouvera à peu près tous les acteurs qui ont joué dans leurs films, dans des rôles toujours hallucinants, ainsi que Brigitte Fontaine en mère névrosée, qu’on entend également dans la BO du film. Ensuite des dialogues de génie : on se rappellera longtemps de Bouli Lanners, chef de la sécurité de la zone commerciale dans laquelle se déroule le gros du film qui vient voir le père des deux protagonistes pour leur expliquer le comportement des deux zouaves : le dialogue ne comporte que le verbe « aller » ! Un grand moment d’écriture. De grands moments d’acteurs également, notamment pour Poelvoorde, « NOT » de son nom de punk qui tiendra une tirade grandiose sur ce qu’est un punk au micro d’un Carrefour.

Alors oui, le film a des longueurs, oui, ça pourrait s’arrêter n’importe quand, et oui, c’est complètement bizarre et on ne sait pas où ça veut en venir, mais franchement, un film avec un tel parti-pris et un tel cynisme sur notre système ne peut que mériter d’exister.

CONCLUSION

Moment difficile pour le critique : celui d’appliquer un système de notation à un film qui se veut résolument contre tout système. Si la note de 4 pourrait convenir : le film est bon mais comporte des longueurs, elle est malheureusement trop neutre pour donner la véritable dimension du Grand Soir : celle du film le plus punk de tous les temps.

Note : NOT

 

Une réflexion au sujet de « Le Grand Soir »

  1. C’est fou comme tu touches le truc et que t’arrives à passer à côté.

    Fight club c’est de l’anar spectacle et c’est pour ça que le film fini « bien ».
    Là, on a un film criant de vérité, une expérience à vivre dans une salle obscure, finalement bien plus du cinéma dans son essence que ce qu’on a l’habitude de regarder.
    J’ai lu pas mal de mauvaises critiques de spectateurs pour finalement m’apercevoir que c’était les mêmes personnes que celles qui ont refusé de participer au grand soir.

    Du coup plutôt qu’une note qui n’a finalement que peu de sens comme tu l’as si bien dit, posons-nous cette question: j’y serais allé ou pas?

    Moi oui.