La Part des Anges

La Part des Anges

Whisky Business

Film : The Angel’s Share

Réalisation : Ken Loach

Note : 4

 

Depuis l’historique et primé, Le Vent se lève en 2006, Ken Loach s’est embarqué dans une série de longs métrages sociaux,  brossant les portraits modernes d’individus en marge avec un réalisme acide et une tonalité décapante évitant toute forme de misérabilisme. Après la modeste mère célibataire qui flirtait avec l’illégalité et l’exploitation des sans papiers pour s’en sortir (It’s a free world) , le supporter dépressif et ses hallucinations cantonesques (Looking For Eric), ou encore le militaire revenu d’Irak et sa revanche sur les forces supérieures américaines (Route Irish) , c’est ici un jeune désaxé écossais qui retient l’attention du réalisateur.

Robbie, délinquant récidiviste, traîne sa misère dans les rues de Glasgow. Condamné d’avance par son milieu social sclérosé, futur père empêtré dans des déboires judiciaires, il échappe de peu à la prison sous couvert d’une peine de travail d’intérêt général. Rencontrant une petite équipe de jeunes paumés comme lui, et pris en charge par un éducateur empathique et passionné de whisky, il entrevoit un rayon de soleil dans sa grisaille écossaise. Tiraillé entre la pureté de sa passion naissante pour le pur malt, et l’impasse sociale de sa misérable situation, il choisit d’allier délinquance et œnologie pour organiser le vol d’un précieux breuvage.

Ken Loach, comme à son habitude, nous entraîne ici dans les confins d’un paysage social difficile et délicat. Mais la misère des délinquants écossais est (trop ?) vite compensée par leur jeunesse, leur humour et leur dynamisme  sans failles. La team de jeunes survole avec fraîcheur et drôlerie, le purin de leur existence, et parvient à s’inventer une aventure collective et inimitable. Quelques moments d’action en musique, course poursuite dans Glasgow, et trip en auto-stop dans les contrées écossaises, s’avèrent ainsi bien sympathiques. Les acteurs, pour la plupart amateurs,  tiennent indubitablement la (scottish) route. L’interprète principal (Paul Brannigan), jeune délinquant paumé de Glasgow, a ainsi été découvert au hasard, et incarne pour ainsi dire son propre rôle. Roger Allam, en négociant  de whisky crapuleux, vaut aussi le détour.

Le scénario, vient de plus atténuer par ses deus ex machina, l’enfer du fatalisme social et aider les personnages à s’en sortir. Cela insuffle un souffle humaniste, sans moralisme toutefois, qui peut bien sûr, faire saturer en glucose le tout à chacun. Cependant, le film se revendiquant avant tout comme une comédie, le cynisme n’est pas au programme. La mise en scène joue la carte de la sobriété, sans jamais s’effacer ni se faire remarquer par son audace.

L’ensemble est alors plaisant, le rythme alternant moments drôles de ping-pong verbaux, minutes lourdes et tragiques, et instants d’actions aventureuses. Le long métrage n’apparaît alors jamais désagréable mais ne parvient pas à nous offrir de grands moments, ni dans le dramatique, ni dans l’humoristique. Le réalisateur semble avoir appris le calibrage d’un genre plaisant pour le public, en évitant les écueils du pathos et en insufflant une dose de légèreté nécessaire dans une réalité difficile. Comme un verre d’un whisky que l’on connaitrait très bien, le film est savoureux, confortable, mais malheureusement jamais surprenant.

CONCLUSION

Ken Loach nous livre là une de ses recettes les plus traditionnelles avec ce breuvage doux-amer, âcre par son réalisme , légèrement sirupeux, et nous le sert accompagné d’un glaçon, qui amène fraicheur et légèreté à l’ensemble. Un whisky visuel qui se laisse boire, sans jamais toutefois provoquer l’ivresse.

Note de Nathalie : 4/7

Note de François : 5/7
Ken Loach nous livre son Ocean’s Eleven version pauvre, avec beaucoup de fraîcheur et de finesse au programme.

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