Kill List

Kill List

ROSBEEF SAIGNANT

Film : Kill List

Réalisation : Ben Wheatley

Note : 5/7

 

ATTENTION ! Pour des raisons de pur plaisir de spectateur, il est préférable de lire cette critique après vision du film, tellement ce dernier mérite d’être le moins dévoilé possible…

Et LE film de genre sorti de nulle part cette année restera très probablement ce Kill List, deuxième film de l’anglais Ben Wheatley. On lui rajoutera aussi le prix de l’originalité, comme souligné précédemment lors de sa projection aux Hallucinations Collectives de Lyon. A vrai dire, c’est le genre de sortie qui remet le sourire aux lèvres face au reste de la production cinéma, tellement le métrage respire la fraicheur et l’inédit, tout en ravalant intelligemment plusieurs pans du cinoche qu’on aime. En outre, cela faisait bien longtemps qu’une pelloche n’avait pas autant foutu les miquettes sur nos écrans. Mais les vraies miquettes, pas celles provoquées par les coups de violons, celles qui restent figées sur toute la durée du film et qui persistent bien au-delà du générique, telle une terreur sourde laissant derrière elle beaucoup de questions en suspens…

Bon on tourne autour du pot vous me direz, mais alors qu’est-ce que ça raconte ce Kill List ? Et bien c’est l’histoire de Jay, ancien soldat devenu tueur à gages, psycho-dépressif suite à un trauma, et qui va être contraint de réaccepter un contrat sous la pression de sa femme et de son ancien partenaire, Gal. Ces deux loosers mi-inquiétants, mi-attachants vont se retrouver dans une spirale de violence et de folie. Fruit de l’esprit malade de Jay ? Ou réelle menace de forces qui les dépassent ?

En gros, le film démarre comme du Ken Loach avec 40 minutes de discussions de couples à un dîner. Il se poursuit comme un polar hard boiled à la Charles Bronson. Il enchaîne sur un délire paranoïaque à la Polanski. Avant de s’achever sur un hommage déviant à la Hammer où les ombres de The Wicker Man (mâtinées de Eyes Wide Shut) laissent s’abattre un épilogue traumatisant et malsain. Le tout entrecoupé de saillies gore, de micro-séquences inexplicables et inexpliquées et surtout de dialogues tru-cu-lents, récités par des inconnus bourrés de talent, et qui n’excluent pas l’humour noir (car oui, on rit beaucoup devant Kill List). Agitez le tout et posez-le sur un rythme lent, dans une Angleterre grisâtre post-Thatcherienne. Vous obtenez une oeuvre dont on reparlera encore dans 10 ou 20 ans.

A l’instar de certains Lynch, il est difficile de ne pas embrayer la critique sur une approche interprétative du scénario. Mais ce serait un peu casser la part d’ombre jouissive du film. Nous vous conseilleront donc juste de vous rendre dans les salles cet été, à la rencontre de cet ovni briton, entre deux films de super-héros.

CONCLUSION

Film d’horreur social ? Polar ésotérique ? Parcours initiatique ou chemin de croix ? Epouvante gothique avec des flingues !? Un peu tout ça à la fois et ça fait du bien. Ben Wheatley fait une entrée fracassante dans la sphère du cinéma de genre et livre une oeuvre aussi jouissive que parfois nébuleuse, toute en ruptures de ton, empreinte de références classe et d’une liberté d’écriture qui fait son effet. C’est prenant, c’est drôle, c’est extrêmement noir voire franchement dérangeant, et ça va égayer votre mois de juillet. C’est la perle de l’été sans aucun doute.

Note de Jérôme : 5


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