Jane Eyre

Jane Eyre

calamity jane

Film : Jane Eyre

Réalisation : Cary Joji Fukunaga

Note : 5

Révélé grâce au très prometteur Sin Nombre, son premier long métrage, Fukunaga avait frappé le paysage cinématographique par la force de sa sensibilité visuelle. Avant de s’atteler à la -très attendue- adaptation des deux volets de ça, le jeune cinéaste américain se confronte ici à un des pavés de la littérature victorienne. Déjà porté à l’écran de multiples fois, ce roman de Charlotte Brönte met en scène la destinée peu ordinaire d’une orpheline désoeuvrée, figure d’une certaine émancipation féministe. L’héroïne devenue  gouvernante entame avec Rochester, son maître aussi fortuné que désenchanté, une relation qui dépasse les conventions de l’époque. Le jeune réalisateur est-il alors parvenu à dépoussiérer ce roman du dix-neuvième siècle, à le transcender visuellement et à le légitimer narrativement ?

Le duo central,  déja incarné  par Joan Fontaine/Orson Welles ( Jane Eyre de Robert Stevenson) ou encore par Charlotte Gainsbourg /William Hurt ( Jane Eyre de Zeffirelli), est ici joué par l’Alice de Burton, Mia Wakisowska, et par le psychologue-robot-addict sexuel-espion-et futur clown horrifique Michael Fassbender. Dès les premières images, la sentence tombe, l’alchimie fonctionne entre eux à la perfection. La jeune actrice campe à merveille l’héroïne mutique et introvertie, qui transpire le mystère, la grâce et l’intelligence. Portant un regard éclairé sur le monde, réduisant à néant en quelques mots les frasques narcissiques de son maître, le personnage parvient à exister grâce aux subtilités faciales de son interprète. Fassbender, assez éloigné de la description physique originelle du personnage, campe face à elle un homme désillusionné et énigmatique. Tout en froideur et en dédain, révélant une intériorité en clair-obscur, il insuffle un effroi que nul autre interprète de Rochester n’était parvenu à susciter. Il parvient à faire oublier la beauté de son visage et les attraits de son corps d’acteur et devient ce personnage désespéré au secret douloureux et au magnétisme diabolique. Jamie Bell en missionnaire austère, Judi Dench en intendante compréhensive et Imogen Poots en charmante prétendante viennent compléter efficacement le casting.

Le cinéaste parvient ici à créer une atmosphère visuelle, à faire naître un esthétisme gothique et à générer une dimension fantastique. La réalisation apparaît savamment léchée, l’audace dans le choix des cadres s’avère pertinente et la délicatesse des mouvements de caméra provoque un certain lyrisme. La campagne anglaise, qui constitue la toile de fond romanesque de l’intrigue, est exploitée également dans la verve fantastique. Ses champs désertiques à perte de vue, ses forêts ombrageuses et ses fabuleux couchers de soleils amplifient l’ambiance ténébreuse du long métrage. De même, les scènes d’intérieur, parfois tournées uniquement à la lueur de bougie, provoquent le même émoi onirique. Le grand secret du château, les murmures audibles du vent et les dessins burtoniens réalisés par l’héroïne offrent à l’intrigue sentimentale un enrobage cinématographique de conte horrifique.

Enfin, il faut le rappeler, le canevas narratif, qui pourrait paraître lourd, mièvre et ridicule pour une âme contemporaine, est intégralement respecté. Les doutes sentimentaux et les va-et-vient incessants qu’ils provoquent, les tours de force d’un destin à l’écriture presque trop habile, les personnages stéréotypés que l’on retrouve dans toute la littérature victorienne, apparaissent ici sans concession. Mais le tour de force du réalisateur est d’avoir su transcender le roman originel par une sensibilité visuelle incroyable, un imaginaire riche et une verve fantastique assumée. Le long métrage s’avère alors éminemment « romantique », pas seulement dans le sens sentimental, mais également dans le sens artistique du terme, dans son ambition de traduire visuellement   l’inaccessible, le merveilleux, et le mystérieux.

 

CONCLUSION

Un couple d’acteurs au talent et à l’alchimie palpable, incarne à merveille ce duo légendaire, improbable et passionné. La mise en scène offre un écrin visuel recherché à une intrigue romantique balisée. Fukunaga confirme indéniablement ses talents de metteur en scène et signe avec Jane Eyre une adaptation ombrageuse et gothique d’un des plus grands romans sentimentaux du dix-neuvième siècle. A voir.

Note de Nathalie : 5

Note de Guillaume : 4

Note de Lucas: 4

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