a tire d’aile |
Réalisation : George Miller
Note : 6 (5 en VF)
Il arrive parfois qu’un film pour enfants soit plus qu’un film pour enfants. Que ce film vous touche profondément en tant qu’adulte, car il véhicule bien des idées que les plus jeunes ne peuvent pas forcément comprendre. C’était le cas pour Happy Feet, qui dans sa dernière partie dévoilait une vision cynique et désabusée du monde, si bien qu’il en devenait presque glauque. Le pari de George Miller (Babe 2, la trilogie Mad Max…), en produisant la suite, fut de réellement transcender le film pour enfants et d’en faire quelque chose de réellement puissant dans son message et son univers.
Pari réussi en partie, car en restant un film pour enfants le métrage se permet des élans de film-catastrophe, vu par des manchots qui ne comprennent pas forcément l’ampleur du danger qu’ils ont en face d’eux. Là où L’Âge de glace 2 tentait vainement de faire passer un message écologique en le teintant maladroitement d’humour potache, Happy Feet 2 mets les pattes dans le plat et nous dépeint un univers réellement en danger constant d’extinction. Ce sentiment étouffant prend une envergure particulièrement importante lors d’une scène où des manchots iconoclastes se mettent à vénérer Sven, un manchot volant (car c’est un pingouin, et non un manchot !) dernier rescapé de sa race sauvé par des « aliens d’eau » (à savoir les humains), car non content de savoir voler, son arrivée marqua l’apparition de l’herbe sur la banquise, « du vert » !
L’intrigue principale mêle plusieurs histoires parallèles, toutes aussi désespérées, on a d’un côté la banquise des manchots empereurs qui se retrouve coincée par un iceberg géant, et les pauvres volatiles se retrouvent pris au piège, incapables de sortir de là pour se nourrir. Seul Mumble, le héros du premier, ainsi que son fils Eric et deux autres oisillons s’en sont sortis, et chercheront durant tout le film à sauver leurs familles. D’un autre côté, on a deux krills, Bill et Will, joués en VO par Matt Damon et Brad Pitt, qui s’éloignent de leur banc natal pour découvrir le monde et arriver à une constatation alarmante : ils ne sont que de la nourriture pour d’autres prédateurs, ils sont au bas de l’échelle alimentaire. Un peu stupide et un peu fou, Will décide qu’il est temps d’évoluer : de devenir carnivore. Leur intrigue est très peu liée avec l’histoire principale, ce qui rappelle encore L’Âge de glace avec son écureuil insupportable. Ici, au contraire, ces deux mini-écrevisses sont une réelle plus-value et leur histoire montre une société encore plus absurde que celle des manchots e nous renvoie automatiquement à notre statut d’être humains dans un monde en perdition qui faisons ce que nous croyons juste pour s’en sortir, mais ne nous mène qu’à notre perte.
Les humains d’ailleurs, parlons-en, sont encore représentés dans ce deuxième épisode : on verra un paquebot d’écologistes tenter de sauver les oiseaux blessés ou mazoutés, mais à côté de ça ils mangent du poulet et abandonnent les manchots emprisonnés à leur triste sort. L’humanité ainsi « absurdifiée » par l’intrigue fait peur à voir, et on ne peut que frémir devant la globalité de ce film très noir pour un film pour enfants. Mais encore une fois, c’est un film de Noël pour un public jeune, les choses ne sont pas aussi noires qu’on pourrait les décrire. Volonté du réalisateur ou tentative de la Warner de rester dans un film léger, beaucoup de situations horriblement tristes sont désamorcées par un gag ou par une résolution heureuse, ça va quand même jusqu’à un quasi-suicide collectif ! Quasi seulement, public jeune oblige. De même, les nombreuses chansons sont l’occasion de prendre l’air frais de la banquise cinq minutes avant de repartir pour un manège cynique qui veut s’afficher « premier degré ». On pense presque à Verhoeven. La mise en scène est loin d’être en reste, la musique de plutôt bon goût pour ce genre de production est accompagnée d’une réalisation soignée et lisible, et la 3D en mode « parc d’attractions » est excellente. Seul ombre au tableau lyonnais : le film ne passe nulle part en VO. Et sa bande originale, écoutée après coup en version anglaise, est bien inférieure dans la langue de Molière, ce qui fait facilement descendre l’intérêt que l’on peut porter à ce film, pourtant supérieur à son prédecesseur.
CONCLUSIONFresque cynique d’une société absurde de volatiles en perdition, le film, d’une noirceur sans égal, prend peut-être un peu trop son temps sur sa fin et est sûrement trop glauque pour les enfants, et pourtant il parvient à nous transporter dans un univers différent, intelligent et désabusé, comme parvenait à faire Happy Feet premier du nom sur sa dernière partie. Un conseil : sautez sur le blu-ray pour le voir en VO, nous n’avons pu que voir la VF et écouter la bande son en anglais après coup, c’est bien meilleur en version originale, les chansons en français sont vraiment un massacre. Note de François : 6 (-1 en VF)
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Note de Guillaume : 5 à cause des chansons en VF, mais on attend la VO avec impatience.



